Les glaciers reculent dans le monde entier à une vitesse qui ne cesse de s’accélérer. Ce qui engendre des déséquilibres majeurs car ils sont l’une des sources d’eau douce indispensable à l’homme. Les bassins alimentés par les glaciers himalayens fournissent ainsi de l’eau douce à près de 1,9 milliard de personnes .
La France n’échappe pas à ce phénomène : dans les Alpes comme dans les Pyrénées, les glaciers se rétractent toujours plus vite. La situation est jugée suffisamment préoccupante pour que la stratégie nationale pour la biodiversité, adoptée en 2023, fixe un objectif ambitieux : protéger fortement tous les glaciers français ainsi que les nouveaux écosystèmes qui apparaissent à mesure que la glace disparaît.
Chronique d’une mort annoncée
Les données sont inquiétantes. Dans les Alpes, depuis 1850, les glaciers ont perdu 70 % de leur volume. « Depuis les années 2000, on constate encore une accélération, explique Giulia Mazzotti, hydrologue à l’Institut des géosciences de l’environnement (IGE) de Grenoble. Ils ont perdu 40 % de leur masse entre 2000 et 2020. Et en 2022, c’était 5 à 7 % de la masse totale restante. »
Dans les Pyrénées, le glacier d’Ossoue perd environ 1,50 mètre d’épaisseur chaque année depuis 2002 et a perdu 5 mètres pour la seule année 2023. À ce rythme, sauf à très haute altitude, tous les glaciers français auront disparu d’ici à 2050.
La situation est très problématique et non sans conséquence. « Si le stockage de l’eau douce se trouve principalement dans la neige, les glaciers ont localement un rôle important de compensation dans les périodes de sécheresse, poursuit la scientifique. Indispensables à la bonne santé des écosystèmes, ils permettent également de rafraîchir les eaux des rivières, ce qui est essentiel, par exemple, pour le refroidissement des centrales nucléaires. » La fonte accélérée conduit aussi à la formation de lacs sur ou dans les glaciers, représentant des risques majeurs pour les populations et les infrastructures en aval. Le drame de La Bérarde, en 2024, l’a rappelé violemment. Le lac de Rosolin, en bordure du glacier de la Grande Motte, en Savoie, est surveillé depuis 2023, et celui de Rochemelon, dans la Haute-Maurienne, est également considéré comme dangereux. En tout, près de 70 sites dans les Alpes sont jugés sensibles et exposés aux dangers de fonte des glaciers.
Restaurer les écosystèmes
Alerter et mobiliser pour protéger les glaciers et les écosystèmes qui leur succèdent, c’est le rôle que s’est fixé le glaciologue Jean-Baptiste Bosson à la tête de l’association Marge sauvage. « Nous pourrions sauver un tiers des glaciers alpins si l’on respectait l’accord de Paris sur le climat, explique-t-il. Mais ce n’est pas facile de convaincre que c’est une question vitale pour les populations. » Pourtant, les choses avancent. « À Bourg-Saint-Maurice, la première convention territoriale pour les glaciers organisée avec des citoyens et nombre d’acteurs de la montagne, a abouti à la décision de protéger tout le sud du Mont-Blanc », explique encore le chercheur. C’était en mars 2025.
Ces conclusions pourraient se traduire cette année par un arrêté de protection d’habitats naturels. Surveiller, limiter la pression humaine et restaurer les écosystèmes permet de ralentir localement les effets du réchauffement. Les discussions se poursuivent aujourd’hui avec d’autres communes, notamment Chamonix ou La Grave. Une zone protégée va aussi être créée en 2026 à Luchon sur l’emplacement de ce qui était il y a encore onze mille ans le plus grand glacier des Pyrénées françaises.
Des solutions techniques pour gagner du temps
Et que penser de la technique qui consiste à couvrir les glaciers de bâches géotextiles blanches – laissant passer l’eau, et réfléchissant la lumière ? Elles permettraient de limiter la fonte estivale. Chez les spécialistes, la réponse est unanime : cette technique, efficace à petite échelle, est inapplicable à grande échelle. Le glacier du Rhône en Suisse en est l’exemple le plus emblématique : chaque été, depuis plus de quinze ans, des pans entiers de glace de plusieurs mètres d’épaisseur sont protégés sous ces couvertures qui permettent de les préserver.
Le glacier de Presena, en Italie, utilise une méthode similaire, avec une réduction mesurée de la fonte d’environ 50 % sur les zones abritées. Mais cette technique, très onéreuse, génère d’autres problèmes comme le risque de décomposition des bâches. Surtout, elle traite le symptôme sans s’attaquer au mal, soit tout le contraire d’une solution durable.
D’autres projets misent sur la protection à l’aide de la neige de culture. C’est le cas en Autriche, avec les glaciers de Stubai ou du Pitztal. En Suisse, dans le canton des Grisons, le programme Mort Alive (3) teste la production de neige de culture à faible impact énergétique pour isoler certaines parties du glacier Morteratsch et accroître sa réflectivité des rayons solaires.
Enfin, des recherches menées surtout en Suisse explorent la création de microclimats favorables en altitude, comme par le dépoussiérage de surfaces assombries ou l’installation de structures destinées à retenir l’air froid nocturne, dans l’espoir de ralentir localement le réchauffement de la glace. Ces solutions ne remplacent évidemment pas la lutte contre le réchauffement climatique global. Mais elles permettent de préserver temporairement des secteurs très exposés, alors que le retrait global et rapide des glaciers fragilise tout un équilibre naturel essentiel, accentue les tensions sur les ressources et met sous pression tout un ensemble de systèmes agricoles, énergétiques et économiques. C’est-à-dire… nous.




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