On les taquine volontiers sur leur capacité à « se presser lentement ». Mais cette fois, les Suisses ont pris toute l’Europe de vitesse. CarPostal, filiale de La Poste suisse, a lancé AmiGo, un service de robots-taxis, avec Apollo Go, du chinois Baidu. Les essais ont débuté en décembre, en Suisse orientale. Baidu fournit les véhicules, CarPostal apporte son ancrage territorial. « Nous voulons offrir aux régions périphériques une mobilité flexible et durable », souligne l’entreprise publique. Le robot-taxi présente une souplesse utile dans ces régions de petites villes et de vallées isolées. Et parce qu’ils sont électriques et optimisent l’écoconduite, les robots-taxis réduisent aussi les émissions et la consommation d’énergie.

Grandes manœuvres en Europe

Ailleurs, en Europe, on s’active, mais souvent en mode test. L’estonien Bolt s’est allié au chinois Pony.ai pour introduire en 2026 des robots-taxis dans plusieurs villes européennes. Baidu vise l’Allemagne et le Royaume-Uni en partenariat avec Lyft et Uber.

l’américain Lyft. Stellantis teste au Luxembourg des vans autonomes avec Pony.ai, et le français Valeo, qui fournit les lidars équipant nombre de véhicules autonomes, s’est allié à Google Cloud et au chinois Momenta. « Cette coopération contribuera à une mobilité plus intelligente, plus sûre et plus durable », résume Marc Vrecko, directeur général de Brain, la division des véhicules autonomes du groupe. Valeo compte se positionner comme un équipementier clé des robots-taxis, même s’il ne les opère pas lui-même.

Pendant que l’Europe expérimente, les États-Unis et la Chine ont déjà franchi l’étape suivante. L’américain Waymo revendique plus de 250 000 trajets hebdomadaires dans cinq grandes villes (Los Angeles, Austin, Atlanta, San Francisco et Phoenix). Et intégralement sans conducteur. Ses robots-taxis assurent de nombreux trajets du quotidien — domicile-travail, sorties et liaisons aéroport.

L’accueil est enthousiaste, d’autant qu’une étude a montré que les robots-taxis enregistrent « 80 % d’accidents avec blessés en moins » que les conducteurs humains dans les mêmes zones (1). En Chine, la dynamique est encore plus forte. Au leader Baidu, qui revendique 250 000 courses hebdomadaires dans 22 villes et 17 millions de trajets cumulés s’ajoutent une dizaine d’acteurs qui se concurrencent sur ce marché, dont Pony.ai, WeRide, Didi, autoX, etc.

Frilosité française

Et la France ? C’est elle qui se « presse lentement ». Le rapport piloté par l’ancienne secrétaire d’État aux Transports et ancienne P-DG de la RATP et de la SNCF, Anne-Marie Idrac (2), ne promet pas des robots-taxis en ville à court terme. Il privilégie des usages ciblés, des navettes autonomes, des dessertes locales ou des liaisons vers les gares, notamment dans les territoires peu desservis. L’idée est d’expérimenter, d’évaluer, puis d’étendre si la sécurité et l’acceptation publique sont au rendez-vous.

En coulisse, on explique cette prudence par le contexte social. Les chauffeurs de taxi sont prompts à bloquer routes et périphériques lorsqu’ils se sentent menacés. Pour éviter la confrontation, la stratégie française oriente l’autonomie vers des besoins non couverts plutôt que vers une concurrence des taxis en ville. Elle court le risque de passer, de fait, à côté d’une révolution mondiale permettant d’accélérer la décarbonation du transport automobile (14 % de nos émissions).