Du 31 juillet au 2 août 2025, Chambéry a vécu au rythme des cyclistes du Tour de France femmes. Trois jours de fête, de sport et de ferveur populaire. Le 1er août, la septième étape s’est achevée en plein centre-ville, avec un doublé français.

Le lendemain, plus de 7 000 coureurs amateurs se sont élancés sur la route du Tour de France femmes avant le départ officiel de la huitième étape, qui a vu le sacre de Pauline Ferrand-Prévot au col de la Madeleine. Cet événement d’envergure nationale confirmait la place de Chambéry sur la carte des villes cyclables.

L’engagement en faveur de la mobilité douce de la cité des ducs de Savoie ne date pas d’hier. « Le premier schéma directeur cyclable remonte à 1978 », rappelle Emmanuel Roche, chargé de la politique cyclable pour la communauté d’agglomération du Grand Chambéry. Cette stratégie historique et structurée a permis de déployer un réseau complet, sécurisé et connecté.

Classée parmi les meilleures villes cyclables (5e dans la catégorie villes moyennes en 2025) par le baromètre vélo de la Fédération des usagers de la bicyclette depuis sa création en 2017 (1), Chambéry a été rejointe cette année par sa voisine, Le Bourget-du-Lac, en périphérie d’Aix-les-Bains, 3e du palmarès des communes de banlieue.

Pour preuve que les politiques locales en faveur du vélo portent leurs fruits, la piste cyclable qui relie les deux villes est très largement utilisée pour les trajets domicile-travail. De Chambéry au parc d’activités Savoie Technolac, situé à un peu plus de 10 kilomètres au nord, la part modale, c’est-à-dire la proportion de personnes qui utilisent le vélo comme mode de déplacement principal, affiche un taux de 7 % : « Un cas unique en France de déplacement longue distance », se félicite Emmanuel Roche.

Selon les derniers chiffres de l’Ademe, la part modale du vélo dans les zones rurales et périurbaines reste inférieure à 2 %, contre 10 à 15 % dans les grandes villes comme Strasbourg, Grenoble ou Bordeaux.

L’art de la signalisation

Depuis 2024, les collectivités territoriales locales ont uni leur politique d’aménagement cyclable pour offrir un service continu entre les deux villes. « Il faut un réseau qui ait une armature, une colonne vertébrale continue et lisible, qui permette de traverser l’agglomération du nord au sud, d’est en ouest. C’est la base », rappelle Nicolas Mercat, maire du Bourget-du-Lac. Sur le modèle du métro, le plan des pistes cyclables compte neuf lignes reliant des terminus, des stations et des correspondances. La piste Bleue n° 1, qui connecte Chambéry-Éléphants au Bourget-du-Lac-Plage municipale, suit le tracé de l’avenue Verte nord.

Tout le long du parcours, des bornes thermomètres indiquent aux cyclistes le numéro de la piste sur laquelle ils circulent, l’itinéraire et le temps de parcours restant jusqu’au terminus. Elles comportent également le nom des arrêts et les correspondances avec les autres pistes. Cette signalisation se double d’un marquage au sol annonçant le numéro d’itinéraire et les destinations desservies.

« Pour les gens qui se mettent ou se remettent au vélo, les nouveaux arrivants, les étudiants, c’est très important de leur faciliter le repérage », précise le spécialiste de la mobilité douce Emmanuel Roche.

Entre novembre 2024 et novembre 2025, l’avenue Verte nord, la portion de dix kilomètres cyclables qui relie le centre-ville de Chambéry au Bourget-du-Lac, a enregistré 536 639 passages de cyclistes. Avec une moyenne de 1 567 les jours ouvrés, et de 1 215 les jours de week-end. Des chiffres impressionnants.

Pour accompagner ces infrastructures, les collectivités multiplient les initiatives favorisant l’usage du vélo. Ainsi, la vélostation de la gare de Chambéry compte 450 places de stationnement sécurisées et propose 1 000 vélos en location : musculaires, électriques, spéciaux (cargos, pour enfants, remorques). Le service mobilité de l’agglomération propose également des animations gratuites toute l’année : ateliers mécaniques, accompagnement à la pratique du vélo à destination du public en situation de précarité ou en insertion, stages de maniabilité pour les 6-11 ans…

Promouvoir le « vélotaf »

Au Bourget-du-Lac, un atelier solidaire et participatif de réparation et entretien de vélo, le Vélobricolac, permet aux adhérents de réparer gratuitement leur véhicule, de bénéficier de pièces détachées neuves ou d’occasion et de conseils par des bénévoles formés. « L’aide du programme AVELO de l’Ademe (2) nous a permis d’acheter de l’outillage, de créer cinq postes de travail et de démarrer dans de très bonnes conditions », détaille le maire, Nicolas Mercat.

L’agence Écomobilité Savoie Mont-Blanc mène également des actions de sensibilisation auprès des entreprises pour inciter leurs salariés à venir au travail autrement qu’en voiture. Le parc d’activités Savoie Technolac, qui fédère un écosystème de 230 entreprises, de centres de recherche et d’enseignement supérieur, accueille chaque jour plus de 10 000 salariés, soit autant de « vélotafeurs » potentiels. L’agence d’architecture augmentée Patriarche, par exemple, met à la disposition de ses collaborateurs qui s’engagent à parcourir une distance minimum par an à vélo, une flotte de cycles (à assistance électrique majoritairement et quelques musculaires).

L’université Savoie Mont-Blanc a lancé Mobus, un plan mobilité en partenariat avec les trois agglomérations sur lesquelles elle est implantée : Chambéry, Le Bourget-du-Lac et Annecy. Louise Lannoy, bibliothécaire à l’université du Bourget sur le site de Savoie Technolac, est venue s’installer à Chambéry il y a trois ans. Elle travaillait auparavant à la Comédie-Française, dans le centre de Paris, où elle se rendait tous les jours à vélo depuis Montreuil (Seine-Saint-Denis).

Aujourd’hui, elle parcourt dix kilomètres le matin, en trente-cinq minutes, autant le soir, sur son vélo musculaire. « J’effectue la même distance qu’à Paris mais dans un tout autre environnement ! Et je reçois une prime d’écomobilité de mon employeur, l’université de Savoie, calculée en fonction du nombre de déplacements à vélos réalisés pour venir sur le campus. »

Pour promouvoir la mobilité active auprès des enfants, les écoles primaires du territoire relaient le dispositif national Savoir rouler à vélo, dont l’objectif est de permettre aux enfants de gagner en autonomie et en confiance sur leurs deux-roues. Une fois maîtres de leurs montures, ils peuvent s’élancer à leur tour sur la piste Bleue n° 1.

« C’est facile, c’est tout plat ! », résume Patrice Marquet, président du club de cyclotourisme Le Guidon du Bourget, qui emprunte régulièrement cet itinéraire longeant la rivière de la Leysse jusqu’au lac du Bourget.

« Dix kilomètres sans feu rouge, sans voiture, avec très peu d’intersections et les montagnes en toile de fond », apprécie Louise Lannoy. Pas de quoi regretter Paris et ses trajets domicile-travail.