L'image a marqué les esprits. Entre Biarritz et Saint-Jean-de-Luz, un pan de la falaise d’Erretegia (photo), à Bidart, rongée par la houle, s’est effondré en septembre 2024 sous les yeux ébahis des riverains. Ce type d’éboulement n’est ni le premier ni le dernier. Car, dans un pays où 20 % du littoral bat en retraite de 10 centimètres à 8 mètres par an sous l’effet de la montée des eaux (une vingtaine de communes seulement enregistrant un recul du trait de côte de plus de 3 mètres), le Pays basque est particulièrement vulnérable. De la frontière espagnole à l’embouchure de l’Adour, « la Côte basque, constituée aux deux tiers de falaises rocheuses, est soumise à la fois à l’érosion côtière et à la submersion marine », souligne Caroline Sarrade, directrice littoral et milieux naturels de la communauté d’agglomération du Pays basque, collectivité qui coordonne les stratégies locales de lutte contre les risques littoraux. Dans une zone qui compte 150 000 habitants sur une bande de 35 kilomètres, ces risques sont importants. « Tout Biarritz est en bord de mer, rappelle la responsable. Il y a donc de gros enjeux urbains, économiques et de sécurité des habitants. » Près de 500 habitations sont ainsi menacées par l’érosion côtière à Biarritz, Guéthary, Bidart et Anglet. Et la route touristique de la corniche entre Hendaye et Saint-Jean-de-Luz devra être fermée dans les dix ans.
Des solutions sur mesure
Pour limiter les dégâts, une stratégie à géométrie variable a été mise en œuvre. Sur la base des études du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), les élus du Pays basque ont découpé leur littoral en tronçons suivant la nature géologique des sols et les activités humaines. Un mode de gestion est défini pour chacun : lutte contre le recul du trait de côte, solutions fondées sur la nature ou repli. Un programme a été doté de 30 millions d’euros, financés en grande partie par des fonds européens pour la période 2023-2028.
« Dans des communes très urbanisées avec de fortes activités économiques, les ouvrages de protection vont être renforcés pour stabiliser le trait de côte », indique Caroline Sarrade. C’est le cas de la côte des Basques à Biarritz, immense étendue de sable fin bordée de falaises, ou des baies de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure où des digues et des perrés datant de Vauban vont être consolidés.
Vers Bidart et Guéthary, la stratégie consiste à laisser le champ libre à la nature. « À Bidart, par exemple, des instruments mesurent l’évolution des falaises, mais on ne vient pas contrarier cette évolution, explique la directrice littoral et milieux naturels. On laisse faire et, si un risque d’effondrement est détecté, le maire fait évacuer les habitants. »
Près de 500 habitations sont menacées par l’érosioncôtière à Biarritz, Guéthary,Bidart et Anglet
Enfin, la solution ultime consiste à… s’éloigner des côtes. Déjà, la plage d’Erretegia a été complètement renaturée avec une suppression des enrobés bitumeux pour redonner du champ à la végétation, et le réseau hydraulique supprimé pour laisser l’eau s’écouler naturellement. Ailleurs, sur la plage d’Erromardie, au nord de Saint-Jean-de-Luz, « l’idée est de déplacer les campings et les restaurants », indique Caroline Sarrade. Mais le projet est bloqué pour l’instant faute d’obtenir les dérogations nécessaires à la loi littoral. Des embûches administratives et réglementaires qui peuvent rapidement transformer les stratégies locales d’adaptation en parcours du combattant.




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