En quoi le Muséum se distingue-t-il d’autres institutions scientifiques ?

Nous sommes un musée au sens où nous gérons des collections nationales. Dans mon département, nous travaillons sur un herbier qui contient plus de huit millions de spécimens. Mais notre particularité est d’être aussi une université, un centre de recherches et d’enseignement et un lieu de vulgarisation scientifique. Nous avons enfin une mission, moins connue, d’expertise auprès des responsables politiques, au travers notamment des travaux que nous réalisons pour le compte de l’Office français de la biodiversité ou de parlementaires.

Vous intervenez beaucoup dans les médias, parfois sur des sujets environnementaux polémiques. Est-ce votre rôle ?

Nous jouons effectivement un rôle d’alerte. Je mets en garde contre l’effet des pesticides sur la santé ou la nécessité de limiter l’artificialisation des sols. Je signale le recul sur les zones à faibles émissions parce que, c’est un fait, la pollution atmosphérique tue 48 000 personnes chaque année. Mais, comme une vigie sur un bateau qui, du haut du mât, montre où sont les récifs et le chemin vers la terre au loin, le rôle des scientifiques est à la fois d’alerter mais aussi de trouver des solutions. Dans mon département, des équipes travaillent par exemple sur des alternatives agroécologiques aux pesticides.

N’y a-t-il pas un risque en se politisant que la parole scientifique perde son crédit ?

Notre boulot est de dire la science sans la tordre pour plaire à untel ou untel, sans se laisser embrigader par tel ou tel courant de pensée. En revanche, on doit dire la science avec obstination lorsqu’il y a un déni de science.


Est-il encore temps de contrecarrer l’effondrement de la biodiversité et le changement climatique ?

Je vois deux raisons d’être optimiste. D’une part, les recherches sur l’état de la planète et les écosystèmes français font que nous avons des outils de suivi et des pistes de solutions ; d’autre part, il est encore temps de réagir. Mais je vois aussi deux motifs de pessimisme. Chaque minute qui passe, une espèce disparaît sans possibilité de retour. De même, les sols qui s’érodent dix fois plus vite à cause des labours excessifs ne reviendront pas. Plus on attend, et plus ça devient difficile d’agir. Le second point négatif est qu’en France, déjà, certains politiques doutent de la science. La loi Duplomb, qui vise à réintroduire des pesticides nocifs pour les agriculteurs, est un recul sur la santé, la durabilité et les fonctions productives des écosystèmes. Aujourd’hui, des politiques, pas tous, s’opposent aux données de la science et c’est un vrai sujet d’inquiétude.

Voilà pourquoi, au Muséum, nous devons aussi nous adresser directement aux citoyens pour faire valoir les solutions. Car, après tout, nos recherches sont le produit des impôts de tous. En ce sens, le Muséum appartient à chaque Français.