Avec plus de 3,6 millions de visiteurs en 2025, le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) fait mieux que le Mont-Saint-Michel ! Il faut dire que, du Jardin des Plantes au musée de l’Homme en passant par la Grande Galerie de l’évolution ou le parc zoologique de Paris, l’institution ne manque pas d’attraits.
Mais, tel Janus, le Muséum a deux visages. Côté face, le Muséum lui-même, à la tête de collections inestimables (herbiers, fossiles, minéraux, restes préhistoriques, objets culturels et même… le crâne de Descartes) et, côté pile, un centre scientifique de renommée internationale, dans lequel s’activent 600 chercheurs, ingénieurs et techniciens, aux multiples missions, le plus souvent inconnues des visiteurs des collections.
Protéger la biodiversité
Le Muséum contribue ainsi à financer la protection de la biodiversité. En 2021, il a lancé le Fonds de dotation Muséum pour la planète. Grâce aux 2 millions d’euros de dons récoltés à ce jour auprès de particuliers et d’entreprises (Axa, Veolia, Hermès, Kering, etc.), il a pu procéder au remplacement de spécimens d’arbres vieillissants ou malades au Jardin des Plantes, de rénover le jardin botanique Val Rahmeh-Menton ou de planter des arbres à l’arboretum de Versailles-Chèvreloup.
Le fonds soutient aussi des expositions modulaires sur la biodiversité, appelées Pop’up Biodiversité, et conçues pour être installées dans des espaces publics, des établissements scolaires, des centres culturels, etc. Parmi ses missions les plus importantes, en plus de la recherche et de l’éducation, le Muséum « aide les acteurs publics et privés à prendre leur part de la lutte contre le déclin de la biodiversité », indique Laurent Poncet, codirecteur de PatriNat, le centre d’expertise et de données sur la nature.
Cette unité, fondée en 2017, réunit l’expertise du MNHN, de l’Office français de la biodiversité (OFB), de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et du CNRS. Elle est forte aujourd’hui de 180 scientifiques qui développent notamment des outils d’aide à la décision. PatriNat a, par exemple, créé l’Indice de qualité écologique (IQE). « À partir de l’analyse de sites EDF, nous avons mis au point et généralisé une méthode d’évaluation des enjeux environnementaux », explique Laurent Poncet. Aujourd’hui, de nombreux bureaux d’études ont recours à ce label.
Depuis 2018, l’IQE est la clé de voûte de la démarche de labellisation verte des golfs français. « Alors que le programme n’est pas obligatoire, précise Laurent Poncet, nous sommes très satisfaits du fait que 150 golfs en France y participent avec des engagements forts de prise en compte de la biodiversité. » Cette certification est très exigeante puisqu’en ce début d’année, seuls trois golfs ont décroché le label Or de l’IQE. Parmi eux, le golf de La Rochelle Sud est devenu, avec l’appui scientifique du Muséum, une réserve de biodiversité. Restaurées, les prairies sèches et humides autour des greens abritent désormais près de 500 espèces de fleurs, d’oiseaux, de papillons et d’insectes.
Terrains militaires à haut potentiel écologique
Deuxième outil conçu par PatriNat avec EDF, Vinci ou le ministère des Armées : la Boîte à outils biodiversité (BOB). Elle vise à proposer aux décideurs publics et privés une synthèse des données publiques (les ZNIEFF, Zones d’intérêt écologique, faunistique et floristique, Natura 2000, espaces protégés, habitats naturels) indispensables à la gestion écologique d’un site ou d’un territoire. Sur le terrain, « un acteur public ou privé peut ainsi disposer d’un véritable tableau de bord des enjeux sur un territoire et aux alentours, précise le directeur de PatriNat. Testée avec nos partenaires, l’application devait être disponible fin 2025 mais nous avons pris un an de retard après la sévère cyberattaque dont le Muséum a été la cible l’été dernier. »
Le partenariat avec le ministère des Armées a confirmé le fort potentiel écologique des 275 000 hectares de terrains militaires répartis sur tout le territoire. « PatriNat a identifié 681 espèces à enjeux patrimoniaux et 526 espèces protégées comme la vipère d’Orsini ou le grand rhinolophe », souligne Emma Dousset, responsable à la Direction des territoires, de l’immobilier et de l’environnement du ministère.
« Les données du MNHN nous ont aidés à mieux connaître le patrimoine naturel du ministère et à structurer nos actions, affirme-t-elle. Nous avons, par exemple, réintroduit des outardes canepetières sur le camp de la Valbonne (Ain), restauré des tourbières boisées sur le camp d’Auvours (Sarthe), ou mis à l’abri les populations d’anémones sauvages sur le camp de Sissonne (Aisne). »
Le Conservatoire botanique au secours des prairies
Autre entité du Muséum, le Conservatoire botanique national du Bassin parisien rend des avis sur la création ou l’extension de zones protégées, comme récemment dans la vallée du Loing. Il œuvre aussi à la préservation de plantes rares telles l’arnica des montagnes en forêt de Rambouillet, la sabline à grandes fleurs, le flûteau nageant ou les orchidées sauvages. Il fait enfin appel aux botanistes amateurs pour cartographier les prairies naturelles menacées par les activités humaines afin de protéger ces havres de flore et de faune. Dans ce but, le Conservatoire a recueilli dans sa banque végétale des espèces sauvages locales comme le trèfle, le pâturin ou le fromental qui pourront être replantées.
Pionnier des sciences participatives
Le Muséum enfin enseigne et diffuse ses connaissances au travers de cours de master, de séminaires d’entreprises ou de formations de décideurs territoriaux. Il déploie aussi des opérations de sciences participatives qui s’adressent autant aux professionnels (agriculteurs, gestionnaires d’espaces verts…) qu’au grand public. Écoliers, jardiniers, simples amoureux de la nature ou naturalistes confirmés, chacun d’entre nous peut ainsi, dans le cadre du programme Vigie-Nature , récolter des données sur la biodiversité. Les bénévoles sont invités à participer à de multiples opérations de comptage ou de suivi des oiseaux de jardin, des bourdons, des papillons, des insectes pollinisateurs, des chauves-souris ou de la faune et flore du littoral





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