Née à Dacca, au Bangladesh, nourrie par l’observation précoce de la vulnérabilité de son pays, Runa Khan a grandi avec l’idée que dignité humaine et environnement sont indissociables. Fondatrice de l’ONG Friendship, elle a reçu le prix Earthshot 2025 dans la catégorie « Réparer le climat » pour un modèle d’adaptation devenu une référence internationale.

En 2002, Runa Khan a 44 ans quand, pour répondre à une demande sanitaire, elle crée un hôpital flottant sur les eaux du Brahmapoutre qui arrose son pays. « Au départ, il y a une urgence : rejoindre des populations totalement oubliées, vivant sur les îles de limon du fleuve. » Dans ces zones où les terres naissent et disparaissent au gré des crues du fleuve, le bateau devient le seul moyen d’apporter des soins réguliers sans aggraver la pression sur l’environnement.

Très vite, elle comprend qu’aucun service public ne peut fonctionner seul dans ces terres mouvantes. Santé mobile, écoles démontables, accès à la justice, restauration des mangroves, solutions économiques locales : Runa Khan tisse un système où chaque intervention renforce les autres. « Soigner une femme ne sert à rien si sa parcelle de terre disparaît la saison suivante ; ouvrir une école est vain si l’île est emportée quelques mois plus tard. » D’ici à 2030, son ONG Friendship veut consolider ce modèle dans les zones les plus vulnérables du Bangladesh, grâce à des financements pérennes et des partenariats renforcés. Le prix Earthshot, doté d’un million de livres sterling (1,14 million d’euros), représente pour Runa Khan une étape, non un aboutissement.

« C’est la reconnaissance d’une méthode reproductible ailleurs et porteuse d’un message fort, insiste-t-elle. Pour le Bangladesh, souvent présenté comme victime des dérèglements climatiques, le prix envoie un autre message : le pays s’affirme aussi comme un producteur de solutions humaines, ancrées dans le réel, capable d’innover dans la protection des populations et des écosystèmes. » Mais la Bangladaise refuse le modèle unique. « Plus que par l’essaimage, l’avenir passe plutôt par le partage de modèles, d’outils et d’expériences », affirme-t-elle. Son ambition est claire : faire du Bangladesh un laboratoire vivant de l’adaptation climatique intégrée, et inspirant.