La grimpe est à l’origine de Patagonia, fondée en 1973, en Californie, par Yvon Chouinard, alpiniste américain qui, dès les années 1950, avait posé les bases d’un modèle durable d’outdoor centré sur la qualité et la transparence. Loin du marketing agressif et de la surproduction, la marque a entraîné dans son sillage toute une génération d’entrepreneurs, influencés par ses innovations et ses engagements.
À l’écoconception et au souci de réduire les impacts de fabrication et de transport, une nouvelle vague de créateurs ajoute dorénavant le souci de la réparation ou du recyclage proche du 100 %. La poussée de l’outdoor éthique accompagne l’essor d’un vestiaire technique qui s’impose dans la pop culture, comme l’avait fait le streetwear en son temps.
Doudounes, polaires, leggings, sur chemises, gants et autres accessoires s’invitent aussi bien sur les pentes que sur le macadam. Pour décrire cette rencontre entre style urbain et montagnard, un mot s’est imposé : le « gorpcore » (terme qui fait référence au gorp, Good Ol’ Raisins and Peanuts, un mélange énergétique typique des randonneurs). Signe tangible de ce basculement, les fondateurs de Veja ont ouvert en juin, à Paris, une boutique outdoor sous l’enseigne Centre Commercial, déjà reconnue pour sa sélection de marques engagées. Le lieu met en avant running, trail et randonnée, et accueille des marques parfois exclusives.
Parmi elles, Wise : « C’est un petit acteur qui bouscule les grands en développant des produits d’une technicité remarquable, utilisant des matières conçues en France et assemblées au Portugal dans des usines au savoir-faire exceptionnel. Leurs pièces sont déjà portées par les meilleurs coureurs de trail sur les grandes courses du circuit UTMB », explique Martin Rouillard Castelnau, à la tête de Centre Commercial.
« Notre clientèle est composée de sportifs de tous niveaux », poursuit-il, « mais les produits que nous proposons sont aussi adoptés en ville et dans le quotidien des clients. »
Le grand retour de la laine
Parmi les héritiers de Patagonia, plusieurs entreprises françaises se distinguent. Picture Organic Clothing, née à Clermont-Ferrand, partage la rigueur d’une démarche orientée vers le recyclé, l’élimination des PFC et la circularité. Mais on peut citer aussi Lagoped, Cimalp ou Circle. Conçues pour le ski et l’outdoor, leurs pièces migrent naturellement vers la ville. Outre-Manche, la marque Finisterre, liée à l’univers marin, conçoit des vêtements durables pour conditions extrêmes. Ses parkas waterproof associent polyester recyclé, coton organique et laine locale, notamment issue de la réintroduction du Bowmont, race rare d’ovins donnant une fibre particulièrement fine. Les pays nordiques ne sont pas en reste avec les suédois Klättermusen ou Lundhags, par exemple, qui combinent technicité et durabilité.
Un fil relie nombre de ces acteurs : le retour de la laine comme matériau technique, alternative naturelle aux synthétiques. Selon une étude Ipsos citée par la Woolmark Company, la valeur du marché de la laine pourrait presque doubler entre 2022 et 2033. Les consommateurs plébiscitent cette fibre pour son confort et sa durabilité. Certains privilégient désormais des polaires en laine plutôt qu’en synthétique, et découvrent des marques comme Icebreaker, qui associe mérinos et Lyocell, fibre issue de pulpe de bois et objet de recherches explorant aussi des sources fongiques.
La haute performance se convertit elle-même à la laine : Woolmark et Mizuno ont conçu des sous-couches mérinos pour l’équipe suédoise de ski alpin aux Jeux d’hiver 2026. Et les « petits » vertueux influencent désormais les grands. Decathlon, acteur majeur de la vente et la fabrication d’articles de sport, augmente la part de matériaux recyclés et développe réparation et filières de recyclage, même si la transition reste à amplifier.
Les collaborations participent aussi à cette évolution, comme celle menée avec Starcow, qui a donné naissance à une collection mêlant inspirations urbaines et codes outdoor. On reste loin de l’impact de Patagonia, et encore plus de la capacité à contrebalancer la fast fashion. Mais ces pièces, souvent plus chères qu’un produit standard, sont conçues pour durer et être réparées, ce qui modifie la manière de consommer l’outdoor. La tendance du gorpcore, poussée par des acteurs d’un outdoor responsable, trace une nouvelle voie pour l’industrie textile et des consommateurs soucieux de sobriété et de durabilité.





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