C'est une petite voie serpentant dans la cour d’une résidence récente et élégante, tout de bois et de béton. Le bâtiment détonne dans ce quartier à l’habitat délabré, situé à la lisière de Montreuil, l’une des plus grandes villes de la petite ceinture de Paris. Des deux côtés de la Venelle, s’alignent huit boutiques toutes neuves, où l’on trouve de tout, mais uniquement de seconde main : vêtements, meubles, objets de décoration, électroménager, articles de sport, équipements de puériculture et même du matériel son et lumière (à la Ressourcerie du spectacle, association spécialisée dans le réemploi de matériel audiovisuel et d’équipement scénique, dont c’est la première boutique publique).
Ouvert en septembre, ce village du réemploi solidaire est le fruit d’un travail conjoint de la mairie et des associations. Tout commence en 2019. La mairie de Montreuil lance alors un appel à projets pour les pieds d’immeuble dans un îlot à construire dans la ZAC de la Fraternité, près de la porte de Montreuil. Cédric Mazière, consultant spécialisé en économie sociale et solidaire (ESS), a accompagné le collectif d’associations dès les débuts : « Nous avons créé une société de gestion immobilière pour acquérir le foncier auprès de la Cogedim, soit 1 800 mètres carrés dévolus au réemploi solidaire ». Un cas unique en France, rendu possible par des subventions importantes (2,5 millions dont 1,8 million de l’Ademe), et un prêt contracté à faible coût (un tiers du prix de marché) auprès de la Banque des territoires.
Viser le beau
Dès le début, la Venelle a été conçue comme un projet à visée exemplaire. Câbles, décoration, sanitaires… les boutiques ont été entièrement conçues en réemploi ; 62 tonnes de déchets ont été valorisés et 100 tonnes de CO2 ont ainsi été économisées. Avec pour ambition de démontrer que la seconde main, c’est à la fois bon marché et beau. « À la Venelle, on a voulu prendre le contre-pied du hangar et du bric-à-brac, et faire quelque chose de beau. Cela donne aussi de l’estime de soi et de la confiance à nos salariés en réinsertion », dit Jean-Marc Brunet, directeur de Neptune, l’une des associations partenaires (quelque 90 salariés, dont la majeure partie en réinsertion). De fait, les huit boutiques sont accueillantes, tout en restant fidèles à l’esprit engagé qui anime le collectif.
« La Venelle se veut à la fois un lieu de consommation alternative et d’éducation populaire », nous dit Cédric Mazière. Conférences dans le café cantine, vernissages dans la boutique de Neptune – où quatre fois par an, de jeunes artistes exposent leur travail autour de la fibre textile –, événements collectifs trimestriels, ateliers couture, broderie, autoréparation de vélos… Ici on apprend à nouer une relation différente à la consommation et aux objets, valorisés, réparés, réinventés.
La Venelle est aussi un laboratoire de nouvelles pratiques réplicables. Ainsi, toutes les étapes de sa création ont été soigneusement documentées. En quelques mois d’existence seulement, le site a vu défiler une quarantaine de délégations : écoles, universités, institutions, visiteurs allemands, canadiens, mexicains… C’est dire son pouvoir d’attractivité. De projet non identifié, la Venelle est en passe de faire école, et d’essaimer ailleurs. Comme à Ïkos, autre village du réemploi solidaire situé à Bordeaux, ouvert fin 2024, en cours de développement.





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