On savait Paris très vulnérable au dérèglement du climat. En 2023, une étude comparant plus de 800 villes en Europe  a confirmé les pires craintes, en classant la capitale en tête des agglomérations où le risque de surmortalité lié aux températures extrêmes est le plus grand. Le béton et l’asphalte ont fait de Paris une ville en surchauffe, où des pics de à plus de 50 °C pourraient rendre la vie impossible aux Parisiens à l’horizon 2050.


Conscients du danger, les élus de tous bords tentent par tous les moyens de rafraîchir la capitale. C’est l’une des priorités du plan climat – adopté à l’unanimité dès 2007 et régulièrement réactualisé  –, de la stratégie de résilience votée en 2017 et du plan local d’urbanisme bioclimatique approuvé fin 2024.


Cours oasis
, le projet de débitumer les cours d’écoles, véritables étuves à ciel ouvert par fortes chaleurs, s’inscrit dans cette dynamique. Lancé en 2017, ce programme a déjà permis de transformer 203  cours d’écoles et de collèges au début de 2025, comme l’école maternelle Jean Dolent, dans le 14e arrondissement (photo) ; 360 le seront au total en 2030. En 2050, les 73 hectares du parc scolaire auront été réaménagés.


L’objectif est de supprimer les îlots de chaleur que sont les cours de récréation et d’ouvrir ces nouveaux espaces verts aux Parisiens le week-end ou le soir, pour servir notamment de refuges aux personnes fragiles en cas de vagues de chaleur. L’opération concerne en premier lieu le bien-être des enfants, dans une académie qui compte 140 000 écoliers et 80 000  collégiens.

165 cours d’écoleset de collèges ontdéjà ététransformées,360 autres leseront d’ici à 2030

« Les cours rénovées visent à créer des espaces plus naturels, plus frais, avec davantage de végétation, d’ombre, et une meilleure gestion de l’eau de pluie et des points d’eau, ainsi que des aménagements plus ludiques et adaptés aux besoins des enfants », résume la  Direction des affaires scolaires de la Ville de Paris.

Espace ludique et pédagogique

Située à deux pas de la place de la Bastille, l’école élémentaire Keller, qui accueille 300 enfants, avait été sélectionnée comme site pilote. Avant le projet de renaturation, elle comprenait deux cours, une grande et une petite, plantées de platanes et de tilleuls, mais totalement asphaltées. Après une vaste concertation avec les enfants, les équipes pédagogiques, périscolaires et les parents d’élèves, les travaux se sont déroulés entre l’été et les vacances de la Toussaint 2020.

À l’arrivée, la petite cour reste réservée aux jeux tandis que la grande cour a été métamorphosée. Elle abrite désormais un espace ludique de 200 mètres carrés, dont le sol est recouvert de copeaux de bois. Outre un parcours d’escalade et un perchoir en bois construit autour d’un tronc d’arbre, un jardin de 250  mètres carrés à la végétation touffue et un village de cabanes en osier ont été aménagés. L’ensemble offre aux enfants un lieu de jeux et d’exploration de la nature et de la biodiversité, au sein d’un espace vivant qui évolue avec les saisons.

«Des gradins en rondins de bois et une estrade permettent de faire cours à l’extérieur, ajoute Élodie Cottar, paysagiste au Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement (CAUE) de Paris, qui a travaillé sur le projet. Pendant les fortes chaleurs, les équipes pédagogiques peuvent donc sortir les enfants des classes, où les températures restent difficiles à supporter. Et la cour végétalisée devient alors un véritable îlot de fraîcheur. »


Beaucoup de villes comme Toulouse, Bordeaux ou encore Tours, mais aussi de nombreux villages transforment leurs cours d’écoles, avec cette double ambition environnementale et pédagogique. Le frein, ce sont souvent les coûts : ils varient de 60 à 250 euros le mètre carré aménagé