Originaire de Chennai, sur les rives du golfe du Bengale, Arun Krishnamurthy a tout sacrifié à sa croisade. Issu de la classe moyenne, le jeune diplômé en microbiologie n’a pas hésité à plaquer un emploi bien rémunéré chez Google pour lever une armée de volontaires afin de nettoyer et redonner vie aux étendues d’eau des abords de Delhi, de Calcutta ou de Bangalore.


L’idée est née lorsque le jeune Arun, qui a grandi à Mudichur, banlieue résidentielle au sud de Chennai, la capitale aux six millions d’habitants de l’État du Tamil Nadu, a observé, épouvanté, les dégâts de l’urbanisation galopante et des rejets industriels sur les paysages de son enfance. « Voir l’étang près de chez moi, si cher à mon cœur, se transformer en décharge m’était insupportable », explique-t-il.


Une rencontre marquante l’a conforté dans son désir d’agir. Membre du réseau Roots & Shoots, le programme d’éducation à l’environnement porté par Jane Goodall, Arun a gardé un souvenir émerveillé de ses échanges à distance avec l’illustre primatologue décédée l’an dernier. Il en retiendra une leçon : l’important est de mobiliser les jeunes générations autour de projets concrets de protection de la nature et des animaux.


La tâche est immense. En Inde, « plus de 70 % des eaux de surface du pays sont polluées, en grande partie à cause de la mauvaise gestion des déchets industriels et domestiques », martèle Arun Krishnamurthy. En plus des campagnes de nettoyage des plans d’eau et des plages qui mobilisent chaque année plus de 100 000 bénévoles, son ONG multiplie les actions de pédagogie et de sensibilisation comme les « safaris des lacs » ou les « jardins de la biodiversité ».


Héros souriant, partisan d’une écologie optimiste et joyeuse, sa notoriété est sa plus précieuse alliée. Sa chaîne YouTube cartonne, il a eu les honneurs de Mann Ki Baat, l’émission de radio du Premier ministre Narendra Modi, suivie chaque mois par des millions d’Indiens, et d’un documentaire diffusé dans l’émission Call To Earth sur CNN. Désigné en 2022 par le magazine américain Time comme l’un des leaders qui œuvrent à un monde meilleur, Arun Krishnamurthy rêve aujourd’hui de déployer son action au Sri Lanka, au Bangladesh ou au Bhoutan.